5ème Prix Historique de l’AMAFL

Association des Musées Automobiles de France et de la Locomotion

5ème Prix Historique de l’AMAFL

le 1er février 2012

Le Président du Prix Historique 

Le 5ème Prix Historique de l’AMAFL a été remis, sur le stand,   « L’Aventure Peugeot », lors du salon Rétromobile, le 1er février 2012, à Monsieur Jean-Louis Loubet, pour son ouvrage « La Maison Peugeot »

 

Monsieur le Président, Chers Amis,

 

Nous sommes reçus et je vous en remercie, au stand « L’Aventure Peugeot », pour la remise du 5ème Prix Historique de l’Association des Musées Automobiles de France et de la Locomotion (AMAFL). Cette distinction remonte à 2005 lorsque le jury a distingué Mademoiselle Dominique Chapelle pour son livre « Berliet » ; puis 2 journalistes furent remarqués pour l’ouvrage tant attendu sur les musées automobiles français, en 2007 Jean-Pierre Foucault pour « Les Voitures qu’on aime tant », puis en 2009, la sociologue Madame Bollon-Mourier pour « Paroles d’Entrepreneur ».

 

Le Prix 2011 est attribué à Monsieur Jean-Louis Loubet pour son livre « La Maison Peugeot », il était donc naturel de nous retrouver au sein de «  L’Aventure Peugeot » qui reste le gardien du temple de l’histoire de cette entreprise plus que centenaire.

 

 

« La Maison… », titre singulier qui excite notre curiosité. En consultant le Larousse, nous trouvons dans la 6éme définition : « entreprise commerciale ou industrielle, exemple maison de vins en gros » ! Je n’étais pas satisfait. La 7ème définition : « ensemble de membres d’une même famille…. » là je commençais à comprendre l’intention de l’auteur et après lecture, j’avais envie d’ajouter « une sacrée famille ».

 

Mes rencontres avec l’historien Jean-Louis Loubet sont anciennes car il avait participé, à la demande de Pierre Peugeot, au 8ème Congrès mondial des musées organisé par l’AMAF, en 2003, avec 25 pays représentant 4 continents. Jean-Louis Loubet est professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Evry. C’est un écrivain historique prolifique : 12 livres en 12 ans.

 

Le livre « La Maison Peugeot » est le résultat de longues recherches qui débutent sur « L’histoire de l’automobile française » (publiée en 2001). Au fil des recherches, il y apporte d’ailleurs quelques corrections sur les principaux acteurs : Renault, Peugeot et Citroën. L’apport des archives privées de la famille Peugeot donne bien sûr une toute autre dimension à l’ensemble. A la lumière de ces documents jamais divulgués, le professeur Loubet est en mesure d’écrire l’histoire de l’entreprise sous un nouvel éclairage avec les huit générations d’hommes qui ont eu la responsabilité d’en assurer la continuité.

 

Ce livre relate l’épopée de l’entreprise mais aussi son implication constante dans l’histoire industrielle de notre pays avec les succès, les doutes, les rivalités de la concurrence et les drames que furent les deux conflits mondiaux, les crises économiques et financières.

 

Jean-Louis Loubet a effectué un travail de bénédictin, long et minutieux. La présence de nombreux tableaux synthétiques éclaire le développement des fondamentaux sur le moyen terme. Il a su tirer les fils des implications entre le bureau d’études et la production, s’immiscer dans les rapports commerciaux entre les financiers dont la coordination n’apparaît qu’avec l’apparition des crises, il a su s’ingérer dans les chicaneries habituelles entre les ingénieurs de production et le service achat puis en final le choix définitif doit s’affirmer entre les tenants du capital et les responsables du management. Dans les années 60, l’évolution sociétale amènera le changement progressif d’un paternalisme provincial enraciné pour aboutir à une révolution culturelle dans l’entreprise. Celle-ci devra adopter un changement structurel obligé par l’union avec Citroën puis Chrysler Europe. Ce sera « l’appel du grand large » par l’absorption de Simca et des usines anglaises et espagnoles. Voici une nouvelle société ; elle se construit trop rapidement avec les conséquences prévisibles et difficiles des années 80. Pendant longtemps, l’entreprise a pu consacrer ses moyens à sa politique, dans les années 80, vous nous apprenez qu’elle a subi la politique de ses moyens.

 

Le développement continuel du groupe formait un empilement incessant de sociétés placées dans un cadre global qui manque de structures. Il va compter 150 entreprises industrielles, commerciales ou financières dans les années 60. La remise à niveau prendra du temps et se fera à la constitution de PSA.

 

Vous avez souligné les liens formels qui cloisonnaient les entreprises, les liens informels qui existaient sous le manteau ; il fallait réduire dans ce qu’il fallait garder et tailler dans ce qu’il fallait modifier ou rejeter. L’importance des opérations concerne la fonderie, la mécanique, l’emboutissage, l’assemblage et le montage final. Il faudra unifier les techniques, adapter les différentes cultures d’entreprise dans plusieurs pays pour arriver à des économies d’échelle qui aboutiront à des échanges croisés dans les fabrications. Les plateformes communes profitent à tous. Sochaux la comtoise va fabriquer des Citroën, Rennes la bretonne fabriquera des Peugeot. Qui aurait pu imaginer un tel chambardement ?

 

Il faut souligner à votre avantage les noms des créateurs. Vous citez des ingénieurs, ils sont les vrais pères d’un modèle automobile : Ernest Henry, Dufresne, Alfred Giauque, François Paget… mais on voit que la technique retient peu votre attention ; votre bienveillance se porte sur les designers avec les termes élogieux que vous employez pour les coups de crayon de Henry Thomas (201), Paul Bouvot (504), Gérard Welter (205)…Votre recherche sur le style de la maison est si poussée que vous avez fini par construire une filiation entre les modèles successifs et leurs dessinateurs, filiation que le constructeur n’avait pas imaginée.

 

Après avoir tenté de présenter les grandes qualités et les informations de premier plan que vous apportez dans votre livre de 575 pages, vous réservez 105 pages pour la bibliographie et chose rare en France, un index des noms cités, ce qui permet de dire que ce livre est une véritable « bible » sur l’histoire de Peugeot et de sa famille.

 

A la fin de ma lecture, j’ai pourtant cherché un secteur d’activité qui n’apparaît pas.

 

Les clients ont pu constater que pendant des années les budgets publicitaires de Sochaux donnaient l’impression d’un charme discret. Or entre les deux guerres, Peugeot se situait parmi les 3 constructeurs européens les plus productifs ayant investi dans l’affiche automobile. Il eut été intéressant de savoir qui avait eu la main heureuse en choisissant les meilleurs affichistes du moment, Maurice Tamagno, René Vincent en 1919, Mich et Capiello (1925).

 

Je reconnais que vous avez retenu Paul Colin (1935), sa réalisation est un modèle du genre, elle méritait mieux qu’un format timbre poste.

 

J’aurais souhaité un rappel de la participation de Peugeot aux « Cent ans d’Automobile Française » au Grand Palais à Paris. En 1984, 650 000 visiteurs viennent contempler l’histoire centenaire de l’automobile française organisée par l’ACF et les 3 constructeurs français. Peugeot a pris « la part du lion » avec vingt modèles de 1881 à 1983. Il est le premier en nombre de modèles exposés parmi les quatre vingt constructeurs présents ou disparus et la 505 STI, championne des rallyes africains fait rêver les envieux parmi les visiteurs.

 

Tout au long du développement de l’entreprise, vous démontrez les difficultés rencontrées, en particulier les relations entre le capital et le travail et la difficulté de séparer le capital du management. Fort logiquement, dès les années 60, la famille accélère la distinction entre une administration qu’elle conserve et la direction des sociétés qu’elle délègue.

 

A partir de son intrusion dans une économie internationale, la société PSA a été affectée par plusieurs chocs ; elle a dû se prêter à des remises en cause dans tous les secteurs et adopter des évolutions structurelles les plus drastiques dans la seconde partie du XXème siècle. Je reprendrai les mots de Pierre Peugeot que vous citez, fin 2002 « On peut transformer l’entreprise en un groupe d’envergure mondiale, tout en s’attachant à conserver ses spécificités et maintenir un actionnariat familial solide, gage de stabilité et de pérennité ».

 

J’ajouterai que dans une conjoncture qui s’est montrée assez chaotique durant deux siècles pour les créateurs, les successeurs font face à un parcours semé d’embûches ;  ils sont les acteurs d’un avenir de plus en plus  imprévisible dans le monde actuel.

 

 Dominique Dubarry

 

6, place de la Concorde  –  75008 – Paris

amafl@automobileclubdefrance.fr

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